Martine Quès traite surtout du drame, de blessure et de cicatrice et leur donne le moins possible de traits. L’artiste cherche l’abstraction, cependant les visages tourmentés et les corps déformés nous interpellent dans les quelques représentations figuratives qui restent dans ses gravures. Martine Quès procède à la destructuration et la dissimulation des personnages. Souvent leur élimination s’impose au final de l’image gravée et imprimée. Nous pouvons constater l’apparition ou la disparition des figures prisonnières dans un monde compliqué. La plaque matrice est burinée, griffée, attaquée à l’eau forte et, est souvent découpée jusqu’à sa destruction totale. Tout au long de ce travail, la gravure a été pressée par l’artiste de livrer son mystère. Aux différentes étapes, et au fil des tirages la présence du drame nous est restituée avec violence à travers les lignes tendues, les formes éclatées, ou des couleurs télescopées.

C’est du mouvement, combiné mais contraire à la forme, que naissent les déformations les plus significatives. L’artiste poursuit l’impalpable selon une rigoureuse morale du détour. Il s’agit de mettre en échec toute figurations : l’auteur détruit, élimine, déforme. Dans la série des Villes, le personnage central est effacé, détruit, tandis que la ville se fige et que le « manque » se colore.

Le corps qui se meurt ne disparaît pas réellement ; il laisse sa place dans le réseau, il se spiritualise. Un travail incessant sur le matériau se retrouve dans les images gravées et imprimées. L’histoire se lit par impressions successives, les états et tirage unique nous restituent les étapes arrêtées de la gravure. On peut constater cela dans la série Amande amère.

Dans La charogne, la vache est mourante sur le dos à l’arrière plan de deux femmes prostrés, qui dans d’autres tirages deviennent trois.

Elles semblent avoir crées leur propres blessures et ont les mains tachées de sang. Dans d’autres épreuves, on peut découvrir que la vache blessée est devenue taureau et que les personnages coupables ont été gommés au profit d’une femme assise, triste, dissolue dans sa forme et dans sa matière. Martine Quès utilise l’association de ses images en diptyque ou en triptyque pour encore ajouter un mystère et donner une extension étrange à son message.
C'est un art traversé d’inquiétude.




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