Au fond, ce que désire Martine Ques revient à produire des lieux qui seraient l'expérience d'un équilibre entre deux abîmes : celui du ciel et celui de la terre. Entre le vide et la densité. L'équilibre entre ces deux "masses" provoque une expérience rare. Un temps paradoxal où le rien laisse place à une surface faite de presque rien où la lumière apparaît sur les choses afin de surgir autrement : de manière tactile. L'artiste crée des lieux qui conjuguent l'extériorité d'un pan lumineux et le repli. Elle lie sans cesse l'ouvert et le retrait.

Ce caractère duplice est constant dans l'œuvre. Il évoque le pouvoir de la photographie comme de la gravure de se déployer en incorporant des lieux afin d'ouvrir des contrées inaperçues. L'acte de délimiter l'espace revient à l'ouvrir et porter à découvert ce que le lieu, en ses objets, ne contient pas. Se rejoignent l’infime et la libre vastitude. Alors on se souvient qu'être sur terre veut dire être sous le ciel. Et il n'est plus besoin de diviniser les astres pour éprouver en nous cette contrainte à notre station terrestre, nos démarches, nos désastres, notre sentiment de l'espace que constitue la voûte céleste.

Jean-Paul Gavard-Perret



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